D’ex-employé du KFC à baron de la drogue sur le Darknet

Etudiant modèle issu d’une famille d’ouvriers, et malgré ses brillantes études en commerce, Paul Johnson n’avait pu trouver mieux que de travailler pour la chaine de restauration rapide KFC à la sortie de l’université. Il était tellement désillusionné par le marché du travail et par ses études, jugées inutiles, qu’il décida de se lancer dans le trafic de drogue sur le darknet. Utilisant une couverture de simple revendeur de thé en ligne bien sous tous rapports, Paul Johnson importait et vendait de l’héroïne, de la cocaïne, du LSD, de la kétamine, de la fluoroamphétamine et du cannabis sur des marchés noirs du deepweb. Un trafic qui généra près de 2 millions de livres de revenus en moins de deux ans.

Un baron de la drogue dans un paisible village anglais

Ancien employé de la chaine Kentucky Fried Chicken, âgé de 32 ans, Johnson dirigeait secrètement son entreprise criminelle depuis le grenier de sa modeste maison mitoyenne à Market Harborough, une petite bourgade anglaise dans les environs de Leicester, où il vivait avec sa compagne et leur enfant. Les voisins du jeune couple ne se doutaient absolument pas qu’un important empire de la drogue opérait à quelques mètres de leur porte.

Le procureur Luke Blackburn, a déclaré que Johnson s’occupait principalement de trafic d’ecstasy et de cannabis, en plus d’autres types de drogues. La drogue était importée depuis le Canada, l’Espagne et d’autres pays. Johnson pesait et emballait la marchandise dans son grenier, prête à être distribuée par la poste à ses clients à travers le Royaume-Uni. Le juge Nicholas Dean a déclaré pour sa part : « Cette affaire a été menée d’une manière plutôt inhabituelle par rapport aux cas que nous traitons généralement devant ces tribunaux.« 

Une entreprise de vente de thé comme couverture

Le 13 décembre 2017, la police a exécuté un mandat de perquisition au domicile de Johnson à Northampton Road, Market Harborough. Les agents de police ont saisi un important éventail de drogues dans le grenier, ainsi que des emballages et des étiquettes au nom de la fausse entreprise de Johnson, la Labrador Tea Company, utilisée comme façade pour tromper le système postal. Contrairement à la plupart des trafiquants du darkweb, l’originalité de Paul Johnson était l’utilisation d’une société-écran, ce qui lui permettait de justifier de nombreux envois postaux, mais également de blanchir une partie de ses revenus.

Johnson était loin d’être un petit criminel sans éducation. Diplômé en études commerciales avec mention, il a commencé le trafic de drogue début 2015, réalisant un chiffre d’affaires de 1 868 946 £ en deux ans d’activité. Il détenait des sommes importantes en banque en plus de 314 358 £ en Bitcoin. Tous ces avoirs ont été saisis par la police.

M. Blackburn a déclaré à la cour royale de Leicester : «Il vendait de la drogue via le dark web et se faisait payer soit par virement bancaire, soit en espèces sur son compte ou avec Bitcoin. Le dark web est utilisé pour divers trafics, en particulier pour acheter et vendre des drogues ».

Entre août 2016 et novembre 2017, la police des frontières de Grande Bretagne a intercepté 20,8 kilos de colis adressés à Johnson à trois adresses de livraison qu’il avait louées, dont 40% contenaient des drogues de classe A. Ces colis représentaient un quart de kilo de cocaïne, 8,1 kilos de comprimés et de poudre d’ecstasy, trois kilos de tranquillisant pour chevaux, de la kétamine et huit sacs de cannabis, pesant chacun entre un demi-kilo et quatre kilos et demi. Ces colis interceptés ne représentaient qu’une infime partie du trafic : la Police estime que près de 170 kilos de drogue supplémentaires ont été livrés à l’accusé sans être ouverts.

Grâce à ses revenus, Johnson a acheté sa maison trois pièces pour une valeur 175000 £ en 2016, un Range Rover d’occasion à 20000 £, ainsi qu’un Nissan Juke avec plaque d’immatriculation privée de 3316 £, personalisée aux initiales de sa femme. Les deux véhicules étaient utilisés par cette dernière, car Paul Johnson ne conduisait pas, a déclaré le tribunal.

Les adresses utilisées pour les approvisionnements se trouvaient à Cypress Close, Desborough et dans deux maisons de Market Harborough, dans la cour Martins et Britannia Walk, toutes avec loyer et taxe municipale payés par Johnson. Pour assurer son importante logistique, Johnson aurait dépensé près de 34 000 £ rien qu’en frais de port, auprès d’une entreprise de livraison et du bureau de poste.

Un étudiant-salarié issu de la classe ouvrière

Le procureur Blackburn a déclaré :  » Paul Johnson conduisait ces activités pendant que leur enfant était dans la maison, même s’il travaillait dans le grenier. Sa femme savait ce qui se passait, peut-être pas dans tous les détails. Il l’a mise dans une position difficile car aucune des infractions dont elle est passible ne se seraient produites sans lui, bien que dans son cas à elle, le blanchiment d’argent ne représente aucune importation de drogue. Elle affirme qu’elle croyait que la plupart des activités de son compagnon étaient liées à un commerce de pièces d’ordinateur, car il avait déjà travaillé dans ce secteur d’activité. Elle a toutefois reconnu qu’elle savait qu’il envoyait du cannabis à « certaines personnes » Elle appréciait les avantages de ce train de vie, comme avoir les véhicules et la maison.« 

Concernant le train de vie, le juge Dean a été étonnement concilliant en déclarant : « Ce sont des dépenses relativement modestes, car 175 000 £ ne permettent pas d’acheter grand’chose à Market Harborough. » Malgré l’ampleur du trafic, le tribunal a reconnu que l’accusé ne menait pas à un train de vie extrêmement dépensier ou tapageur.

Paul Johnson a plaidé coupable de s’être enrichi illégalement entre février 2015 et décembre 2017, ainsi que d’avoir vendu des drogues de classe A et B. Lia Johnson a admis avoir acquis des biens avec de l’argent issu du trafic. Les deux accusés ont admis des chefs d’accusation similaires pour les deux voitures.

Huit ans de prison ferme, deux ans de sursis pour sa compagne

James Varley, l’avocat de Paul Johnson, a déclaré que le défendeur agissait en tant que «dealer indépendant», ne faisant pas partie d’un gang ou d’un réseau de trafiquant. Il a déclaré : « C’est un garçon issu de la classe ouvrière du Yorkshire. Il a étudié durement pour obtenir un baccalauréat avec mention très bien et à la fin de ses études, il a du travailler chez KFC. Il se demandait pourquoi il s’était fatigué à étudier. En raison de l’état du marché du travail à l’époque, il n’a pas pu trouver autre chose que cet emploi« .

M. Varley a continué : « L’infraction a été commise pour de l’argent, de l’argent qu’il n’a pas dépensé dans une large mesure. Il essayait de mettre une certaine somme d’argent de côté, puis de s’arrêter. On entend souvent que la cupidité prend le dessus. Il voulait subvenir aux besoins de sa femme et de son enfant et ne vivait pas un train de vie de rockstar« .

M. Varley a ajouté: « Il avait des voitures de bon marché et ne prenait pas de vacances dispendieuses; il essayait de générer des revenus pour vivre, n’exibait pas de grosses sommes d’argent et ne cherchait pas à attirer l’attention sur lui. Ses activités auraient pu s’arrêter il y a longtemps, car des interceptions de colis avaient lieu, et il aurait pu être démasqué beaucoup plus tôt. Il sait qu’il écopera d’une longue peine de prison et qu’il aura peu de chance de trouver un meilleur emploi que celui avec lequel il s’est retrouvé quand il a quitté l’université. Sa lettre adressée à la cour montre un aperçu de ses activités et aussi des excuses.« 

Varley a ajouté que la révélation publique de l’affaire sera pénible pour Johnson et sa famille.

Philip Gibbs, plaidant pour Lia Johnson, a déclaré : « Ils vivaient dans une maison modeste et je pense qu’elle a fermé les yeux sur ce qui se passait. Ils ne vivaient pas un style de vie tape-à-l’œil. La majorité de leurs actifs se trouvait sur un compte bancaire auquel elle n’avait pas accès.« 

Les deux accusés avaient jusque là un casier judiciaire vierge, a indiqué le tribunal.

Condamnant Paul Johnson à huit ans de prison ferme, le juge Dean a déclaré : « Il s’agissait d’une activité criminelle habituelle et sophistiquée, menée pendant une période importante, et ayant généré des revenus de l’ordre de deux millions de livres.« 

Lia Johnson a été condamnée à deux ans de prison avec sursis.

Les accusés risquent également de se voir retirer la garde de leur enfant de quatre ans.

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